Presse

Anne-Lise Blanchard, Épitomé du mort et du vif suivi de Glaise,

coll. Poésie XXI, Jacques André Éditeur, Lyon, 2019.

Poésie du suspens et de l’interruption, le recueil d’Anne-Lise Blanchard se donne à lire dans sa brièveté même, comme une sorte de carnet de bord qui ne retient de l’écriture que ces moments d’intensité qui électrisent les mots du poème, égrenés au fil des pages. C’est à travers son lexique que se fait entendre la voix singulière qui résonne à l’oreille du lecteur. Une voix qui « appelle le silence à tout entière l’emplir pour qu’y germent des chants de lumière ». Ainsi chacune des pages de l’Épitomé se présente sans titre mais se termine par une note lapidaire, placée en contrepoint au poème. Une manière d’affûter encore le caractère elliptique de la parole poétique, sorte d’abrégé comme l’indique le titre, condensé d’une histoire où le corps et son lexique mis en scène occupent la première place.

Ici l’enjeu de l’écriture s’inscrit « aux quatre coins du corps » où « s’agenouiller se / moduler / se re déployer » et son auteure trace un chemin entre le « mort » et le « vif », un « chemin [qui] s’accorde à la mémoire des corps ». De pages en pages s’énoncent, parmi les mots en cascade, d’abruptes « mises en scènes de sommations », une poésie exigeante, un « élan d’encre / qui s’épelle ».

Dans la première partie du recueil, les brèves notations qui apparaissent en italique en bas de page forment une succession de jalons comme autant de pierres posées dans les marges d’un parcours poétique ouvert à la digression entre la « déshérence du livre et du moulin, palimpsestes des mémoires mais les grands arbres aux doigts d’émeraude ».

Le recueil comprend une deuxième partie intitulée « Glaise », une prose morcelée en de courts paragraphes où dominent des voix « qui cherchent la fissure / derrière la fissure le souffle / derrière la fissure la parole ». Ainsi au bord de l’entaille où demeure le « versant de l’ombre », une parole « prend forme, s’entête vers la lumière ».

Alain Fabre-Catalan
Revue Alsacienne de Littérature n°132 – Décembre 2019

————

https://mjdesvignes.wordpress.com/2019/07/31/epitome-du-mort-et-du-vif-anne-lise-blanchard-jacques-andre-editeur-2019/

» Et de quoi
se mouillent tes yeux
sinon d’un saignement du ciel
intérieurement
extérieurement
intérieurement
qui ne tarit «
Dédié à la mémoire du poète Jeanpyers Poël, l’ouvrage composé de deux textes de formes dissemblables et à l’écriture dense et resserrée, s’ouvre sur une exergue signifiante et un titre qui d’emblée condensent l’essence de notre humanité, la vie et la mort. De manière mimétique le titre renvoyant d’ailleurs à la scansion fracturée, tantôt fluide tantôt heurtée de l’écriture où se concentre un possible sens de ce qui veut s’énoncer.
« Et quoi
sérénité ou légèreté
lui tourneraient-elles
autour ?
Ils taisent leurs lèvres
d’un bien beau manque
accaparés
disant merci d’être
quand flappent les draps
fleuris sous la brise
des matins. »
Mais ne nous y trompons pas, ce qui s’y trouve ainsi rassemblé au plus resserré du mystère, n’est pas le tout et le rien, ni leçon de philosophie que seule la poésie pourrait ressaisir. On y trouvera, tel un guide dans le noir, cette lumière vers quoi devraient se diriger nos pas, à chaque instant même les plus difficiles ; la vie ne serait-elle alors que dans ces minuscules instants qui nous font avancer vers l’ultime.

« Nous claudiquons
dans le désert
que d’un seul geste
nous faisons jaillir
enfantant
des générations stériles… »

Epitomé du mort et du vif est le titre du premier ensemble de poèmes qui disent dans un bruissement de langue délicat le fait d’exister

« Et nos poings se resserrent
sur des sédiments de bonheur
sédiments d’une syntaxe
qui ne résiste à l’usure
des jours »
et la difficulté d’être,
« clowns
pantelants dans

l’apocope

d’une traversée ».

Le sang cogne, le cœur bat, mais quand même avancer, même contre le vent,
« sous la brûlure de
rires rayés
tu sens derrière l’oreille
le doigt du vent ».

L’économie des mots, leur justesse, avancent par touches délicates autour de la question qui demeure existentielle et où seule la nature -arbres et fleurs, chants d’oiseaux, papillons- sera maîtresse du temps.

« Ne porter qu’un diadème de branches et s’en aller brouter le vent »

Chaque poème à la langue dense et riche d’images ouvre en contrepoint une courte prose poétique en bas de page et en italique qui semble indiquer telle une flèche pointée ou dans un pas chassé de danseuse, léger, enjambant la page, le poème suivant, toujours plus lourd de sens et de souffrance, une souffrance élargie au reste du monde, alors…

« Sans doute sans doute
les saules se vêtiront
de tendresse
quand encore
les feuilles râlent au vent »

Le mouvement de la phrase est musical, aérien. Les courtes proses poétiques limpides sont distribuées en contrepoint d’un poème dont l’économie et le choix des mots rendent une élégance fine et discrète. La phrase s’élance avec légèreté et on imagine, au bout de son stylo, la danseuse que la poète a été, soulevée par l’espoir et la joie qu’il faut garder au cœur pour avancer, malgré tout, par la grâce des mots et du langage.

«le monde s’ouvre sous ses doigts tandis qu’elle passe au-dessus des nuages ».

Avec le deuxième ensemble, plus court, intitulé Glaise, on lit l’impuissance de l’être à exister hors le corps mais grâce à la langue, même éprouvée, tenter de se reconstituer. Un corps qui se dérobe ou s’agrippe, se raccroche à la langue, souple, agile, rapide, « le mot glisse dans la gorge le pied glisse dans la glaise ». La prose poétique de ce court texte est parataxique, hachée, courte, resserrée, faite de blocs de mots et d’images éloquentes, parce que, comme l’indique le titre, « la glaise gangue la langue ». « Le souffle est court. Raucité du pas. Ne pas. Ne pas se dessaisir de l’énoncé qui s’ordonne ».

Comment dire et se taire ? Comment faire remonter du sol, les racines de la chair ? Comment dire ce qui étouffe, ce qui fait mal ? « la voix cherche des ailes » et « s’accorde à la tonalité du froissement des pierres ».

Quand la sensualité et l’intime envahissent le champ de la page, le corps vivant, vibrant d’amour, ouvert à la « floraison intime » est ce qui nous tient en vie et « combien d’hommes et de femmes aussi ? »

« Dans le gouffre de rien où la vie à pas menus se réfugie, une voix te poursuit ».

Se tenir immobile, en attente, le temps filant doucement mais sûrement, « dans la lise mouvante d’un espace intime », « tes doigts arpentent versant de l’ombre où la lumière ? »

https://www.recoursaupoeme.fr/anne-lise-blanchard-epitome-du-mort-et-du-vif/

Comme « abrégé d’un ouvrage antique », selon la définition du Petit Robert, « épitomé » s’applique sans doute à cette étude sensible des traces du vivant et du disparu, selon un regard qui puisse énoncer ces relations intimes avec le temps auquel nul ne peut déroger, selon une écriture très elliptique qui force à la densité quand elle énumère ce que la nature éveille et rétrécit et fait vieillir.

Le corps vieillissant, la traque de la moindre ride nous conduisent inexorablement de l’autre côté du vif, encore faut-il ne pas négliger ces cheminements entre « glaise » et l’air qui nous convainc d’être bien vivant.

Cette poésie, étrange par la scansion, les dérapages, les boucles, la ponctuation, interroge l’antérieur de nos vies, ces « gloires » anciennes, ces beautés qui ne sont plus :

Ailleurs, c’est pour constater « le saignement/du ciel » ou une « saison qui s’affaisse », sinon parfois « débusquer le rire/ d’un enfant » allège le vivre. La vie, souvent, a de ces « hoquets » ; le cheminement donne à « la langue » ses nœuds, et il faut persévérer coûte que coûte.

Le ton, celui de la noble désespérance, dans le sillage hardi de Michaux (un fragment de « Poteaux d’angle ») ou de Bernard Noël, fait jaillir du cœur, du corps ces accents de vérité nue, quand tout « séquestre », obscur, tourmentant « la naine, trop naine », allégorie de la poète en son récif perdu au milieu des questions sans réponse.

Aux poèmes en vers libre de la première section succèdent des proses que le titre « Glaise » insinue au ras du sol, dans le cheminement anxieux, paralysant d’une « lente progression » intime, existentielle, qui impose, non seulement le silence, mais la précipitation de tout mot, qui serait inutile.

Une poésie, pas toujours aisée à suivre, parce que féconde, riche, complexe : est-il facile de suivre les modulations d’une âme qui, âpre et sûre, énonce sa vérité fluctuante, mise en doute aussitôt que posée ?

Juste fermer les yeux pour contempler les filaments de vieillesse se mettre en place. (p.59)

Le constat est terrible.

couverture_avant_epitome

Anne-Lise Blanchard, Epitomé du mort et du vif | lelitteraire.com

Arcanes de l’être

Le titre indique(rait) une sorte d’abrégé. Mais moins du mort et du vif que de l’écritureelle-même. Anne-Lise Blan­chard choi­sit en effet l’esthétique de la frag­men­ta­tion et de ladis­til­la­tion plus que de la lal­la­tion. Deux seg­ments en chaque page forment un jeu de “repons” avant que, dans le second moment du livre (“Glaise”), ce qui s’enfonce et se dérobe forme une pâte plus souple à l’oreille. 
A l’obstruction fait place ce qu’il fau­drait nom­mer “glis­sure” du dehors au dedans dans le “Clair non clos” jusqu’aux “Racines de chair”.

Et si, comme chez Michaux, la vie reste dans les plis, il s’agit de les par­cou­rir comme des tis­sus pré­cieux et les exa­mi­ner avec dou­ceur. D’où le bruire céré­mo­nial mais simple d’une langue raf­fi­née.
La poé­tesse tord le cou à la pro­lixité sans pour autant réduire la com­plexité de l’humain.

L’objec­tif est moins de rete­nir le fil d’eau pas for­cé­ment douce (qui emporte les jours jusqu’à ce que — comme les feuilles d’automne — les mots tombent à terre, c’est-à-dire sur le papier) que d’enjamber ou de marier des matières des vies. Elles se rejoignent par­fois dans un éro­tisme géné­tique qui ne se dit qu’en quasi apo­rie, dans le duvet d’une élé­gance un rien iro­nique.
A tout effet “gla­mour” fait place une forme plus com­plexe. Elle crée la force et la cohé­rence par­fois oxy­mo­rique des poèmes.

Jamais sty­lis­ti­que­ment pri­son­nière de canons esthé­tiques, Anne-Lise Blan­chard ose la sim­pli­cité d’une  ryth­mique épu­rée. Tout se construit par suc­ces­sions de touches et pré­ci­sions qui semblent se contre­dire mais qui, de fait, modi­fient la pro­ba­bi­lité d’une mani­fes­ta­tion abso­lue et  sai­sissent la “voix” exis­ten­tielle.
Enca­pi­ton­née de doutes, elle ne plas­tronne pas : “elle fraie har­pigne maligne. Vénielle se veut se dans quelque chose à venir sou­ve­nirs mauvais”.

Restent tou­jours de l’inconnu et de l’incertain en marge des intrigues d’amour. Demain ne sera pas — ou peu — mais le poème ranime des sou­rires, sug­gère des caresses, des brises fraîches, des par­fums. Et si tout va s’éteindre, il prouve que demeure encore un espace en héri­tage avant de prendre la voie de sor­tie.
La poé­tesse repousse des échéances, tente l’abandon sans pour autant que le consen­te­ment coule de source. Il crisse même car les assises ne sont jamais sûres ni en soi, ni en l’autre, “lui à refaire peau neuve / elle long­temps tue”. Mais des étoiles ruis­sellent avant que les pau­pières s’alourdissent. L’amour berce encore de sa houle et qu’importe s’il n’est plus au rendez-vous ou s’il n’est pas le bon.

Il s’agit dans un impli­cite pari pas­ca­lien de créer le miracle — misé­rable ou non — dans des “paren­thèses à inter­mit­tence” et sans dire ce qui est dedans et ce qui reste dehors. L’auteure ne se veut pas calife, elle apprend au lec­teur à avan­cer dans la neige ou le rouge. Et lorsque la chair se dérobe, “des lettres assem­blées tentent de tenir corps” entre l’amer et le suc­cu­lent : mais bien malin qui peut dire de quel saveur est le pré­sent.
Quant au futur, à bon enten­deur salut. Mais il convient encore de trou­ver la fis­sure, le souffle. Et la parole qui ne se contente pas de dire mais accom­pagne et fait.

jean-paul gavard-perret

épitomé (1)

Ouvrage ‘ Épitomé du mort et du vif’ par : Anne-Lise BLANCHARD | Jacques André Editeur

Bleu d’Encre Editions

Extrait de l’article qui aborde « Les Jours suffisent à son émerveillement »:

Le recueil d’Anne-Lise Blanchard me parle particulièrement, à moi qui écris souvent des textes hésitant entre poésie et narration, des textes où le phrasé emprunte autant au récit qu’au rythme du poème.

Le Soleil s’est réfugié dans les cailloux: Anne-Lise Blanchard, Ad Solem

Poèmes d’humanité, de résistances et de foi. Elle raconte l’enfer, donne parole à la langue emmurée
Elle écrit les enfants pris par Daesch, la terreur et l’inconcevable. Et parmi les prières, cette phrase : Seigneur nous as-tu oubliés ?

Silence trop lourd sur Araden
au détour de la montagne
des ombres s’affairent
les yeux remplis de neige
Au coin du cœur veille
un coquelicot
qui garde entrouverte
la porte du retour

Cécile Guivar’ch, Terre à Ciel, 15 janvier 2018

https://www.terreaciel.net/Hep-Lectures-fraiches-Janvier-2018

La Revue Littéraire – Editions Léo Scheer  n°70  Novembre, Décembre 2017

http://leoscheer.com/spip.php?article2469

Le Monde, 19 octobre 2017

Extrait:

Trans|Poésie. Survivant

Trois livres de poésie, on vit avec et on choisit des vers. On se laisse porter ; on tresse alors les œuvres pour composer un tout nouveau poème.
LE MONDE |  | Par Didier Cahen

En août 2014, Anne-Lise Blanchard (née en 1956) découvre les villes fantômes de Qousayr et Homs en Syrie. Elle écoute les témoignages des victimes et leur promet d’en rendre compte. Ses mots, portés par l’espérance des chrétiens, épousent l’effondrement du monde et de la raison.

recoursaupoeme.fr   , 30 septembre 2017

Extrait:

Les guerres cruelles qui sévissent aux quatre coins de la planète suscitent aussi le sursaut. A commencer par la  guerre en Syrie qui amène Anne-Lise Blanchard à prendre fait et cause pour les chrétiens d’Orient. Elle le fait à la suite de déplacements sur place dans le cadre d’une organisation humanitaire œuvrant précisément pour ces chrétiens persécutés. En août 2014, elle découvre ainsi  les villes fantômes de Gousaye , Homs et Maaloula. « Cette dernière, rappelle-t-elle, est une bourgade syrienne connue du monde entier parce qu’on y parle encore la langue du Christ, l’araméen ».

Dans son livre, des phrases en italique sont placées en regard des poèmes. Elles émanent de témoignages recueillis sur place, en Syrie, au Liban ou au Kurdistan irakien, se faisant à la fois l’écho des déclarations guerrières des milices islamistes (à commencer par Al Nosra, la branche syrienne d’Al Qaïda) et de la volonté des chrétiens de pouvoir revivre un jour sur la terre de leurs ancêtres. « Ce sang répandu, il me fallait en rendre compte, comme de la dignité et de la spiritualité vivante », explique le poète.

Journal La Croix 22 juin 2017,

Quatre recueils de poésie dont  « Le soleil s’est réfugié dans les cailloux »
Malo Tresca et Françoise Siri
Extrait:
« Qaraqosh/Non ce n’était pas une chimère/j’étais parmi ceux qui vivaient là/dans la nuit des consciences/à l’ouest du continent. »
Dans son dernier recueil, la poétesse Anne-Lise Blanchard, partie cinq mois en 2014 auprès des populations meurtries par la guerre syrienne, livre un bouleversant témoignage du martyre infligé aux chrétiens du pays.

Limite, n°9 
A nos frères d’Orient

Dans un recueil de poésie paru en mars 2017, Anne-Lise Blanchard restitue son expérience en Irak et en Syrie auprès des Chrétiens d’Orient et rend hommage à leur fidélité et à leur dignité dans l’épreuve.

Extrait de l’entretien: 

Ce n’est pas votre premier recueil de poésie, mais c’est la première fois que vous abordez un thème si grave. A quoi bon des poèmes face à de telles souffrances ?

Il s’agit de restituer la parole des sans voix, de répondre à une demande réitérée partout où je suis passée : dites en France ce que vous voyez, ce que vous entendez. Au nom de la liberté, au nom de la démocratie, au nom des droits de l’homme, vous bombardez nos écoles, nos hôpitaux, nos églises, nos mosquées. Nous ne voulons rien de tout ça, nous voulons rester chez nous, gardez vos visas.

La poésie est à la fois ma relation au monde et mon mode d’expression comme le cinéma ou la photographie ou bien encore la musique le sont pour d’autres. La poésie s’adresse à l’intelligence sensible : il m’a semblé intéressant de porter à la connaissance des Français qui lisent ce que vivent nos frères d’Orient par ce vecteur ; la presse, notamment télévisuelle, nous sature d’images, banalisant ainsi l’insupportable ; la poésie suggère, laisse libre le lecteur ou l’auditeur d’associer au texte son vécu ou son imaginaire personnels.

ANONYME EUPHORBE, 65p

Les Carnets du Dessert de Lune 67 rue de Venise 1050 Bruxelles B, 11 €

« Frôlée / agacée / frôlée la roche / la peau s’ébruite / hors sa clôture » tout est dans le texte, le corps est devenu texte. Il s’ébruite. Nous sommes avertis. Le corps est un texte ou le texte est un corps. L’absence d’un contact, d’un élément, c’est la question du vide. Un vide qui définit l’usage: lecture d’une ligne jusqu’au bord. [ ] Cet art elliptique ménage ses surprises.

« La lumière livre ton corps / que ça se sache / le mien s’échappe / se retire au fond / tout au fond de l’entaille que / sur papier / de vos pouces rugueux vous élargissez // méthodiquement ».

Alain Wexler, Verso n°144, mars 2010

Éclats d’Anne-Lise Blanchard, Éclats d’encre, 2010, 12€

Les poèmes de Anne-Lise Blanchard « oiseaux intrépides » entaillent le temps et le silence pour trouver quelques miettes de mémoire et de soleil. Avec les fils de l’éphémère, se brodent ’hiver et le printemps. Tantôt apparaît la vigueur d’un coloris, tantôt le blanc de la neige. A l’affût du minuscule, la brodeuse qui est aussi marcheuse nous offre « au petit jour/le jardin qui « déplie ses jambes/en une mélodie/mouillée», avec « quelques bourgeons/ qui/balbutient une interrogation/ et des abeilles qui « tétinent /des tresses de chèvrefeuille ». Le vert « submerge » et « concède la légèreté » à « l’humaine pesanteur ».

Une traversée du silence, au plus près de ce qui se voit, s’entend, se goûte. Ainsi se réchauffent peu à peu les syllabes et le coeur. Dans l’ombre surgit le toupet de la lumière. Chaque poème dépouillé à l’extrême garde « la verticalité de l’exigence. » Le lecteur entre aisément et parfois voluptueusement dans la fluidité et la beauté des rythmes et des mots de la  poétesse.

Jacqueline Panorias, Poésie Première N° 49, mars 2011

—–

Le jour se tait, Jacques André ed, 2008, 78 p , 11 €

Le jour se tait : l’art, dès les premiers lignes, de recréer le monde avec très peu de mots, d’où, justement, ces magnifiques alliances : Un contre-jour / glissa / entre ses omoplates / ses clavicules / firent / grise mine (p. 7).

Anne-Lise Blanchard écrit comme elle se meut dans l’espace.

Ce n’est plus seulement le poignet qui bouge mais le corps entier, porté à l’incandescence de sa liberté d’évolution. Il inventorie l’espace naturel, humain

J’aime particulièrement, chez cette poète, la posture de maigreur, les mains d’oblat / en exil, capables jusqu’à séparer l’ivraie – l’acédie des mots – du bon grain.

Contre l’enflure de l’ego et son orgie / de tolérance, qui se saisit de toutes choses, cette maigreur mène à entendre la mort et tous ceux qui dorment (on pourrait écrire « veillent ») en elle, enfin pacifiés. Paul Badin, N4728

—–

On sent le temps qui passe, dégrade le corps, les liens. Parfois, cependant, il essaie de nous emporter ; «  quand la ville fait/ une pause », quand vous entendez « parler oiseau » ou que c’est », inexplicablement. Merci de prolonger pour nous ces moments verticaux, dans une « clarté énigmatique ». Jean-Pierre Lemaire, à propos de Le jour se tait.

—–

Une surprise blessante car une blessure toujours surprend et celle-ci d’autant plus qu’elle blesse le silence où le lecteur se croyait cantonné. D’abord, une mise en porte-à-faux puis la langue est trouée peu à peu par la répétition d’irrégularités qui froissent, déchirent. On ne s’était pas méfié du titre, « Apatride vérité », cependant teinté d’une discrète inconvenance. Peut-être même était-on prêt à s’amuser de quelques jeux de sonorités donnant lieu à jeux de mots si, tout-à-coup, le verbe « tuer » n’avait surgi de choses qui devaient être « tues »…Bernard Noël, à propos d’Apatride vérité.

—–

Anonyme Euphorbe, Anne-Lise Blanchard, éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 61 p., 11 euros. Illustration de couverture : Vio

Entre le vide et le trop plein du désir amoureux ou celui d’écrire, il s’agit de se jeter « jusqu’à la fissure », jusqu’à l’ébruitement de la peau et des mots.
La mer, lieu originaire, métaphorise le désir dans ses vagues hautes. S’en séparer permet de naître à soi, d’ouvrir sa propre page, de jardiner perte et vide.

Et c’est dans « l’obstination de l’encre » que se lit l’obstination de vivre.

© Jacqueline Persini-Panorias – POESIE PREMIERE

—–

Un jour après l’autre, éditions Henry

A ces poèmes s’intègrent également avec à-propos quelques considérations plus philosophiques dont la clarté fait mouche : « Que resterait-il de notre humanité sans la possibilité de choisir ? ».

L’écriture d’Anne-Lise Blanchard offre ainsi un bel exemple d’équilibre, porté par l’élégance des extérieurs ou de la plupart des silhouettes traversant ces pages : « On se déplace, détaché de sa trajectoire, juste dans l’infime ondulation de cette crête devant soi. Silhouette aussi énigmatique que la voilette hitckockienne, surtout quand la lumière joue avec la peau dans les ajours de la maille ». Patrice MALTAVERNE, Pages Insulaires n°11, février 2010

—–

S’il existe un secret – un secret fondamental et qui ne peut que résister – c’est pour Anne Lise Blanchard celui de cette syntaxe élémentaire de l’âme humaine dont elle emprunte l’articulation à la révélation solaire, et qu’elle transpose, à travers différents motifs, dans plusieurs de ses poèmes dont les derniers haïkus de Qui entend le jargon de l’oie. L’auteur nous rappelle en toute simplicité que la transmission ou l’interférence du sens au plan de l’énonciation sécrète son mystère, mystère qu’elle tente d’infiltrer par différentes postures  d’   » adresse « . D’où son art de ciseler le tissu du discours en différentes matières, dimensions  ou « dit-mensions ».

Anne-Lise Blanchard connaît trop bien l’art de la lecture, sa valeur d’usage, celle qui mérite d’être transmise mais autrement que sous le mode de l’échange vulgaire, pour croire qu’on apprend vraiment à lire sur des textes transparents, par le truchement de l’aveu.  Elle sait  ce qu’apparemment on a oublié aujourd’hui : combien le secret se frotte à la résistance du texte, combien le texte se frotte à la résistance de l’aveu..  Jean-Paul Gavard-Perret à propos de Qui entend le jargon de l’oie.

—–

Avant l’été : beau  titre qui fait rêver à la plénitude qui s’annonce, a la douceur des promesses… Allez savoir ! Il faut le talent du poète pour explorer ce territoire qui tremble sous les yeux. Anne-Lise Blan­chard possède ce talent. Le poème devient une « herbe sauvage » qui ploie sous le souffle des mots. Lucien Wasselin à propos d’Avant l’été, Rétroviseur n°103, janvier 2006

 




%d blogueurs aiment cette page :