Presse

ANONYME EUPHORBE, 65p

Les Carnets du Dessert de Lune 67 rue de Venise 1050 Bruxelles B, 11 €

« Frôlée / agacée / frôlée la roche / la peau s’ébruite / hors sa clôture » tout est dans le texte, le corps est devenu texte. Il s’ébruite. Nous sommes avertis. Le corps est un texte ou le texte est un corps. L’absence d’un contact, d’un élément, c’est la question du vide. Un vide qui définit l’usage: lecture d’une ligne jusqu’au bord. [ ] Cet art elliptique ménage ses surprises.
« La lumière livre ton corps / que ça se sache / le mien s’échappe / se retire au fond / tout au fond de l’entaille que / sur papier / de vos pouces rugueux vous élargissez // méthodiquement ».

Alain Wexler, Verso n°144, mars 2010

Éclats d’Anne-Lise Blanchard, Éclats d’encre, 2010, 12€

Les poèmes de Anne-Lise Blanchard « oiseaux intrépides » entaillent le temps et le silence pour trouver quelques miettes de mémoire et de soleil. Avec les fils de l’éphémère, se brodent ’hiver et le printemps. Tantôt apparaît la vigueur d’un coloris, tantôt le blanc de la neige. A l’affût du minuscule, la brodeuse qui est aussi marcheuse nous offre « au petit jour/le jardin qui « déplie ses jambes/en une mélodie/mouillée», avec « quelques bourgeons/ qui/balbutient une interrogation/ et des abeilles qui « tétinent /des tresses de chèvrefeuille ». Le vert « submerge » et « concède la légèreté » à « l’humaine pesanteur ».

Une traversée du silence, au plus près de ce qui se voit, s’entend, se goûte. Ainsi se réchauffent peu à peu les syllabes et le coeur. Dans l’ombre surgit le toupet de la lumière. Chaque poème dépouillé à l’extrême garde « la verticalité de l’exigence. » Le lecteur entre aisément et parfois voluptueusement dans la fluidité et la beauté des rythmes et des mots de la  poétesse.

Jacqueline Panorias, Poésie Première N° 49, mars 2011

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Le jour se tait, Jacques André ed, 2008, 78 p , 11 €

Le jour se tait : l’art, dès les premiers lignes, de recréer le monde avec très peu de mots, d’où, justement, ces magnifiques alliances : Un contre-jour / glissa / entre ses omoplates / ses clavicules / firent / grise mine (p. 7).

Anne-Lise Blanchard écrit comme elle se meut dans l’espace.

Ce n’est plus seulement le poignet qui bouge mais le corps entier, porté à l’incandescence de sa liberté d’évolution. Il inventorie l’espace naturel, humain

J’aime particulièrement, chez cette poète, la posture de maigreur, les mains d’oblat / en exil, capables jusqu’à séparer l’ivraie – l’acédie des mots – du bon grain.

Contre l’enflure de l’ego et son orgie / de tolérance, qui se saisit de toutes choses, cette maigreur mène à entendre la mort et tous ceux qui dorment (on pourrait écrire « veillent ») en elle, enfin pacifiés. Paul Badin, N4728

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On sent le temps qui passe, dégrade le corps, les liens. Parfois, cependant, il essaie de nous emporter ; «  quand la ville fait/ une pause », quand vous entendez « parler oiseau » ou que c’est », inexplicablement. Merci de prolonger pour nous ces moments verticaux, dans une « clarté énigmatique ». Jean-Pierre Lemaire, à propos de Le jour se tait.

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Une surprise blessante car une blessure toujours surprend et celle-ci d’autant plus qu’elle blesse le silence où le lecteur se croyait cantonné. D’abord, une mise en porte-à-faux puis la langue est trouée peu à peu par la répétition d’irrégularités qui froissent, déchirent. On ne s’était pas méfié du titre, « Apatride vérité », cependant teinté d’une discrète inconvenance. Peut-être même était-on prêt à s’amuser de quelques jeux de sonorités donnant lieu à jeux de mots si, tout-à-coup, le verbe « tuer » n’avait surgi de choses qui devaient être « tues »…Bernard Noël, à propos d’Apatride vérité.

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Anonyme Euphorbe, Anne-Lise Blanchard, éditions Les Carnets du Dessert de Lune, 61 p., 11 euros. Illustration de couverture : Vio

Entre le vide et le trop plein du désir amoureux ou celui d’écrire, il s’agit de se jeter « jusqu’à la fissure », jusqu’à l’ébruitement de la peau et des mots.
La mer, lieu originaire, métaphorise le désir dans ses vagues hautes. S’en séparer permet de naître à soi, d’ouvrir sa propre page, de jardiner perte et vide.

Et c’est dans « l’obstination de l’encre » que se lit l’obstination de vivre.

© Jacqueline Persini-Panorias – POESIE PREMIERE

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Un jour après l’autre, éditions Henry

A ces poèmes s’intègrent également avec à-propos quelques considérations plus philosophiques dont la clarté fait mouche : « Que resterait-il de notre humanité sans la possibilité de choisir ? ».

L’écriture d’Anne-Lise Blanchard offre ainsi un bel exemple d’équilibre, porté par l’élégance des extérieurs ou de la plupart des silhouettes traversant ces pages : « On se déplace, détaché de sa trajectoire, juste dans l’infime ondulation de cette crête devant soi. Silhouette aussi énigmatique que la voilette hitckockienne, surtout quand la lumière joue avec la peau dans les ajours de la maille ». Patrice MALTAVERNE, Pages Insulaires n°11, février 2010

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S’il existe un secret – un secret fondamental et qui ne peut que résister – c’est pour Anne Lise Blanchard celui de cette syntaxe élémentaire de l’âme humaine dont elle emprunte l’articulation à la révélation solaire, et qu’elle transpose, à travers différents motifs, dans plusieurs de ses poèmes dont les derniers haïkus de Qui entend le jargon de l’oie. L’auteur nous rappelle en toute simplicité que la transmission ou l’interférence du sens au plan de l’énonciation sécrète son mystère, mystère qu’elle tente d’infiltrer par différentes postures  d’   » adresse « . D’où son art de ciseler le tissu du discours en différentes matières, dimensions  ou « dit-mensions ».

Anne-Lise Blanchard connaît trop bien l’art de la lecture, sa valeur d’usage, celle qui mérite d’être transmise mais autrement que sous le mode de l’échange vulgaire, pour croire qu’on apprend vraiment à lire sur des textes transparents, par le truchement de l’aveu.  Elle sait  ce qu’apparemment on a oublié aujourd’hui : combien le secret se frotte à la résistance du texte, combien le texte se frotte à la résistance de l’aveu..  Jean-Paul Gavard-Perret à propos de Qui entend le jargon de l’oie.

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Avant l’été : beau  titre qui fait rêver à la plénitude qui s’annonce, a la douceur des promesses… Allez savoir ! Il faut le talent du poète pour explorer ce territoire qui tremble sous les yeux. Anne-Lise Blan­chard possède ce talent. Le poème devient une « herbe sauvage » qui ploie sous le souffle des mots. Lucien Wasselin à propos d’Avant l’été, Rétroviseur n°103, janvier 2006


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